Voyageur compartimenté

11h, j’avance sur le parvis de la gare Saint Jean, au pas. D’autres s’entrainent pour le marathon. Valse de claquette. Hop, hop. On se serre, se bouscule, une remontée par la droite, une percée sur ma gauche, ce costard-cravate veut devancer le groupe. Qu’il y aille cet effronté avec sa petite sacoche Lancel ! Ça reste une « poche », comme disent les Bordelais.

Illustration réalisée par Lolita Médoux

Illustration réalisée par Lolita Médoux

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Pentecôtite aiguë

Torturé tu seras. Le lundi de Pentecôte, travaillé ou chômé ? Chaque année, le travailleur Français tente de résoudre ce case-tête. En vain. Récit fictif inspiré d’une question existentielle.

coloriage-mr-bonhomme-9518Deux jours de détente, deux minutes à tenir…Une semaine qu’Anne prie sans relâche le soleil, ce fainéant, de se remettre au boulot. Sereine, elle prend la position du transat.Quand soudain une question existentielle frappe son cortex. Une toute petite idée qui ne la quittera plus. L’inception réussie de l’almanach : Lundi de Pentecôte, chômé ou pas?

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L’appât du gain

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Si je devais vous raconter ma vie, je vous conterais la parabole qui suit…

Moi, je suis l’appât et le sida, c’est l’hameçon. Je me suis empalé sur le crochet il y a déjà quelques années de ça, et ma foi, tous les deux on cohabite tant bien que mal. Lui, est inoxydable, moi périssable. J’ai cessé de tergiverser, j’ai accepté. Je sais la fin proche. « Vous êtes au stade full blown » ont balancé les médecins, ces maquereaux. Full blow signifie épanoui. Comme un poisson dans l’eau…

La pêche, c’est mon dada depuis que je suis môme. C’est un peu le fil qui me maintient en vie. Alors dès que je peux, je prends le volant de ma Chrysler New Yorker et roule jusqu’à la corniche de Camino del Mar. Là-bas, j’ai mes petits coins, mes repères sur la baie de San Francisco. C’est là que je vis, c’est là que je vais crever.

Quand j’y réfléchis, la pêche c’est ma plus longue histoire d’amour, la seule qui ait vraiment valu le coup. Des coups, j’en ai tiré, mais la pêche, elle, ne m’a jamais aligné. Quand je sens le gibier des eaux se débattre au bout de ma ligne, s’asphyxier, branchies écartelées, un petit pincement me serre le palpitant. Cela me rappelle que je suis encore vivant. Dans un an, ou peut-être moins, c’est moi qui me débattrai à l’autre bout.

Un jour, j’ai passé un deal avec un brochet, attiré par l’appât du gain : il me file 60 000 euros en liquide, sur les 100 000 de mon assurance vie, et quand je passerai l’arme à gauche, il empochera la totalité. Cet arrangement me permet de payer mes soins, garder la tête hors de l’eau. Je ne lui en veux pas d’avoir misé sur ma mort. C’est comme ça la chaîne alimentaire financière. Les plus gros mangent les plus faibles. Parfois, je divague sur la vie de ce brochet. Est-ce qu’il a une copine? Des petits ? A quoi ressemble son aquarium ?

Alors avant que le grand croc me croque tout cru, je peaufine mon lancer de ligne. Si j’ai bien calculé, il me reste, au mieux, six ou sept cents poissons à pêcher. J’en profite. Je sais que dans les derniers temps, ce sera très difficile de remonter la prise. En attendant, je pêche. Tant que je le peux.

Elodie Cabrera

L’inTRAITable : Révélation divine

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Benoît XVI vient d’annoncer sa démission. Un pape qui rend sa soutane, ça n’était pas arrivé depuis sept siècles. Se sentant affaibli, le chef de l’Eglise renonce à siéger à la tête du ministère catholique : « Après avoir examiné ma conscience devant Dieu, à diverses reprises, je suis parvenu à la certitude que mes forces, en raison de l’avancement de mon âge, ne sont plus aptes à exercer de façon adéquate le ministère pétrinien ».

Chronique alphabétik

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Si le C n’a plus la cote, c’est que le K l’a mis K.O.

Vous l’avez peut-être remarqué, le K, onzième lettre de l’alphabet, opère depuis quelques années une remontée fulgurante laissant loin derrière lui le peloton des dix premières lettres. Il vient concurrencer le C jusqu’alors troisième sur le podium. Conquête sportive ou marketing, le K prend ses marques, s’affiche sur nos enseignes pour le plus grand malheur de la vieille grammaire : K par K, Kiloutou, etc.

Parce que le K est tendance campé sur ses deux pieds. Il est moins bancal que le C qui cultive son archaïsme et se repose sur ses acquis. Cette coquette lettre s’octroie une place de choix au coeur du dictionnaire. On le surnomme le cardinal.

« Si conventionnel, si cérébral », pense le K à l’égard du C. Autrefois camarades, ces deux-là n’ont pas fini de s’encanailler, déterminés à défendre leur territoire tels deux colons. Chacun sort sa carabine refusant de céder d’un pouce. La guerre du Cachemire se joue à deux sur l’échiquier…Castagne assurée.

Un combat sans merci vient d’éclater, à celui qui killera l’autre en premier. Le K voudrait casser le gueule du C, la réduire en bouillie comme on le ferait d’un kiwi. Une déstructuration faciale façon Kandinsky. Mais le C compte bien conserver son leadership. Il en dépend de sa cotation en bourse. Prêt à écraser ce cafard de K, il opère en catimini, monte une coalition avec le reste de l’alphabet. Ses informateurs, professionnels en cryptage de données, caftent le moindre mouvement de l’ennemi afin d’anticiper une contre-attaque. Cingler et châtier sont les maîtres mots de ce cruel cabaret. Le K, lui, ne se laissera pas faire. Il a une kyrielle d’atouts dans son sac. Il maîtrise le karaté et compte bien envoyer son adversaire tout droit au caveau où il lui portera des chrysanthèmes. Histoire de conserver un bon karma.

Ne pas courber l’échine. Courage, complaisance, critique et concurrence…les lettres entrent en campagne. Tous les coups sont permis dans ce duel où personne ne fera de cadeau à l’autre. Un kaléidoscope guerrier mais un seul vainqueur.

C’est le capharnaüm dans l’alphabet. Chronique capilotractée.

La Bastide, halte et havre des travellers

Bordeaux, rive droite, la Bastide, ses quais. Commençons la ballade à l’envers, à l’image de ces voyageurs au long cours qui ont choisi de prendre le système à rebrousse poil. A l’angle de la rue Bouthier et des quais de Brazza, sept camions campent depuis trois semaines.

Un camion protégé par ses deux gardiens, le museau enfoncé dans la gamelle (Photo E.C)

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L’envolée des saveurs

Le grand départ : quelques gouttes de vin et une pincée d’envie (Illustration : E.C)

Une hirondelle couleur d’eau s’est posée au 127 avenue Thiers. L’Oiseau bleu est un restaurant gastronomique qui a fait, en 2008, le pari de s’installer sur la rive droite. Si les prix attractifs sont le moteur de cette traversée, la migration culinaire n’en est pas moins réussie.

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